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dimanche 23 février 2020

Crazy, Lovely, Cool (Nigéria)

Crazy, Lovely, Cool


Genres : Comédie, Romance

Netflix est définitivement devenu mon meilleur allié dans mon tour du monde en séries, ils ont besoin d'étoffer et surtout diversifier leur catalogue face à la concurrence ( le fameux Disney+ qui promet de casser les prix), ce qui m'arrange beaucoup !

Arrivée en janvier 2020 sur la célèbre plateforme, Crazy, Lovely, Cool est la première série made in Nollywood que je découvre. 
Des productions nigérianes, je ne connais que le film Lionheart dont j'ai trouvé le scénario un peu trop léger. Je dirais que c'est un film sympathique mais sans plus.

Je connais un peu mieux la culture nigériane depuis que j'ai lu Americanah et coïncidence, le tournage se passe sur le campus de Nsukka largement évoqué dans le livre !

L'histoire nous emmène donc sur un campus universitaire et le titre est directement inspiré du nom du blog Crazy, Lovely, Cool (CLC) au centre de la série. 
Funmi et Izu, deux des personnages principaux, travaillent pour le blog qui traite essentiellement de la vie sur le campus. Nana, compagne d'Izu, gère aussi l'aspect commercial et financier du blog qui a une ligne éditoriale plutôt tournée musique, mode et rumeurs en tous genres. Autour d'eux, un groupe d'amis plus ou moins soudés avec chacun leur histoire.

Problème, un événement grave va bousculer ce petit monde étudiant.

Voici le trailer pour vous donner un avant-goût de la série :




Vous l'aurez deviné Crazy, Lovely, Cool parle beaucoup d'amitié, de relations amoureuses et des relations sur le campus forcément.

Ce n'est pas une série sans points faibles. 

En effet, le jeu des acteurs est assez inégal. Si certains incarnent parfaitement leurs personnages du début à la fin, d'autres semblent parfois réciter plus que jouer leur texte. Par exemple, mis à part Neo, j'ai trouvé les membres de la confrérie (les "méchants" de l'histoire) peu crédibles.

Côté scénario, il ne faut pas s'attendre à une intrigue parfaitement ficelée et compter avec des événements improbables. Difficile de les évoquer sans divulguer des éléments essentiels, je n'en dirais donc pas plus.

Je ne saurais dire si la série correspond aux clichés de Nollywood car ils ne me sont pas familiers.

Ceci dit, la série a également ses points forts. Globalement, elle est très bien filmée et elle a une bande son de qualité. Elle fait d'ailleurs la part belle à la musique locale et les amateurs de slam seront comblés.

J'ignore si elle retranscrit bien l'ambiance d'un campus nigérian moderne mais l'atmosphère correspond assez bien à celle de la vie étudiante, un savant mélange entre soirées, études, débrouillardise, amours et amitiés

J'ai trouvé intéressant que la série aborde des thèmes féministes comme la discrimination notamment. L'histoire comporte de nombreuses femmes fortes chacune à leur façon.

Ci-dessous, Funmi face à Neo (derrière elle, Nkem se cache, le personnage le plus exaspérant de la série selon moi...) :


Crazy, Lovely, Cool Funmi vs Neo

Les personnages masculins ne sont pas non plus en reste. L'évolution de Luciano, tiraillé entre ses aspirations musicales et son envie de ne pas laisser tomber ses études, est, par exemple, l'un des arcs narratifs principaux.

En bref, je pense qu'il faut vraiment donner sa chance à cette série. Elle en vaut vraiment la peine et cela change des séries habituelles. 

Tour du monde en séries logo

mardi 7 janvier 2020

Etape 6 - Nigéria - Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

Carte du Nigéria

Pour cette étape au Nigéria, mon choix de livre était une évidence. J'ai tellement entendu parler du roman de Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah qu'il fallait absolument que je me plonge dedans 😄.

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie
Americanah - Chimamanda Ngozi Adichie

Résumé : Après avoir vécu plus de 10 ans aux Etats-Unis et connu le succès grâce son blog sur le thème de la race, Ifemelu s'apprête à retourner dans son pays d'origine, le Nigéria. Là-bas, elle appréhende de retrouver Obinze, son premier amour, avec qui elle a brusquement coupé contact plusieurs années auparavant. 
Celui-ci est devenu un homme d'affaires à succès dans le domaine de l'immobilier. Marié et père d'une petite fille, bien intégré à la haute société nigériane, il se sent pourtant en décalage.

Mon avis : Americanah est un roman très richeUne grande partie du roman revient sur le passé commun d'Ifemelu et Obinze au Nigéria, l'évolution d'Ifemelu aux Etats-Unis et le parcours d'Obinze en Angleterre.

L'auteur fait un portrait sans concessions des trois pays dans lesquels se passe le récit. L'histoire navigue entre un Nigéria en pleine effervescence culturelle et économique où passe-droits et corruption font aussi partie du quotidien, des Etats-Unis qui se révêlent moins idylliques que prévu et enfin une Angleterre toute en contradictions.

L'expérience d'Obinze au Royaume-Uni comparée à celle d'Ifemelu aux Etats-Unis est assez révélatrice des approches des deux pays vis à vis de l'immigration. D'un côté le pays européen est plus marqué par des discriminations en fonction du statut social : c'est l'immigrant économique qui déplait avant tout. De l'autre, aux Etats-Unis, la couleur de la peau est bien plus cruciale même si les américains blancs feignent de l'ignorer.

Au delà de toute la thématique du racisme et de l'immigration, que j'ai parfois trouvée répétitive, c'est aussi le lien entre Ifemelu et Obinze qui semble inaltérable qui m'a le plus plu. Ifemelu est une femme au caractère bien trempé et Obinze incarne plutôt la force tranquille. Même séparés pendant des années, ils ne semblent jamais oublier l'autre et leurs personnalités se complètent.

La relation d'Ifemelu avec sa tante et son neveu m'a aussi parue essentielle. Ifemelu paraît souvent très dure et son affection pour ces deux membres de sa famille en particulier révèle son côté plus tendre.

Suite à la lecture de son roman, je pense que je lirais les autres ouvrages de l'auteure. En tout cas, ça ne me surprend pas qu'elle ait aussi écrit des textes féministes comme Chère Ijeawele ou Un manifeste pour une éducation féministe, car l'héroïne d'Americanah est un personnage très fort, attaché à son indépendance et qui n'hésite pas à s'exprimer.


Challenge tour du monde littéraire

lundi 23 décembre 2019

Etape 5 - Sénégal - Le ventre de l'Atlantique de Fatou Diome

Carte Sénégal

Seconde étape en Afrique pour ce tour du monde littéraire :)

Bienvenue au Sénégal avec Le ventre de l'Atlantique de Fatou Diome :

Le ventre de l'Atlantique de Fatou Diome
Le ventre de l'Atlantique - Fatou Diome
J'ai découvert ce roman au hasard de mes déambulations à la médiathèque. Je connaissais l'auteure de nom déjà mais je n'avais encore jamais lu un de ses livres.

Née au Sénégal, elle nous offre un récit qui se passe en partie sur son île de naissance : Niodor. Le succès de ses ouvrages a apporté une petite notoriété et des touristes à cette île jusqu'ici inconnue du grand public. Une belle réussite pour l'enfant du pays 😊.

Résumé : La narratrice, Salie, vit à Strasbourg et travaille comme femme de ménage pour financer ses études. Arrivée en France suite à son mariage avec un français qui a finit en divorce, elle mène une vie marquée par la précarité. Tout au long du livre, elle essaie de convaincre son frère, Madické, passionné de foot et désireux de rejoindre la France, de rester au pays.

Sur Niodor, la France est perçue comme un Eldorado où chacun peut s'enrichir. Ceux qui reviennent au pays, après avoir émigré, confortent la population locale dans cette idée. Pour ne pas avoir à admettre leur propres désillusions, ils font miroiter une existence facile en Europe aux jeunes de l'île.

L'instituteur, Ndétaré, marxiste dans l'âme et qui a fait ses études en France, tente de corriger, à sa façon, cette vision faussée de l'émigration auprès de ses élèves. Il souhaite les faire aspirer à mieux qu'à l'illusion d'une carrière de footballeur en France.

Mon avis : J'ai particulièrement apprécié ce roman, qui est plus ou moins autobiographique. Fatou Diome a une très belle plume. Les événements les plus durs sont rapportés comme des contes et cela leur donne un côté poétique. On s'attache vite aux personnages : Madické et sa passion du foot, Ndétaré et ses idéaux, Salie et son amour pour son frère et sa grand-mère.

C'est un livre qui parle beaucoup des difficultés de la vie sur Niodor et en France. On sent la narratrice/l'auteure tiraillée entre son pays d'origine auquel elle est très attachée et son aspiration à une vie libérée d'un certain carcan traditionnel. Fille naturelle, et surtout femme, il est assez évident qu'une vie sur l'île ne lui aurait pas offert beaucoup de perspectives.

Les passages qui parlent de la condition des femmes ont quelque peu réveillé la flamme du féminisme en moi 😤 néanmoins c'est une nouvelle belle découverte et je lirai très certainement d'autres livres de cette auteure.

Challenge tour du monde littéraire


jeudi 31 octobre 2019

Etape 2 : Zimbabwe - The Boy Next Door d'Irene Sabatini




Pour cette seconde étape, j'ai choisi un livre qui m'emmène sur un autre continent et un pays complètement différent du Japon : le Zimbabwe.

Je ne connais pas beaucoup la littérature africaine et mes connaissances sur le Zimbabwe étaient limitées aux clichés du genre :
  • Zimbabwe = son ancien dictateur : Robert Mugabe
  • Un pays où les gens vont faire des safaris photos (et/ou tuer de gros animaux pour les plus cons d'entre eux...)
  • Un pays avec une économie hyperinflationniste (+231 000 000% en juillet 2008)
  • Des conflits interraciaux

Il était temps que je découvre un peu mieux ce pays au delà des préjugés !

The boy next door - Irene Sabatini




J'ai acheté le premier roman d'Irene Sabatini, presque par hasard, dans une librairie londonienne, attirée par une de ses fameuses offres "3 for 2" très courantes chez nos amis anglo-saxons :)

Ce qui m'a accroché c'est la première phrase "Two days after I turned fourteen the son of our neighbour set his stepmother alight." ("Deux jours après que j'ai eu quatorze ans, le fils du voisin a mit le feu à sa belle-mère").
En tant que lectrice, je suis plutôt une âme sensible et ce genre d'amorce aurait plutôt tendance à me faire fuir mais ce jour là, cela a suscité ma curiosité.

L'intrigue ne tourne pas tellement autour de ce meurtre, même s'il a beaucoup d'importance dans l'histoire, mais plutôt autour de la relation des deux personnages principaux, Lindiwe et Ian

Lindiwe est une jeune fille de couleur, elle insiste beaucoup pour être considérée comme une personne de couleur plutôt que comme une personne noire. Sa famille s'est installée dans un quartier de "blancs" et elle fréquente une école de "blancs". On l'aura deviné, la question du racisme est omniprésente dans l'histoire.

Ian est un blanc africain, son père était un homme qui faisait partie des "Selous Scouts", une unité spéciale de l'armée de Rhodésie (la Rhodésie du Sud est l'ancien nom du Zimbabwe), une unité interraciale réputée pour regrouper les soldats les plus redoutables. Sa mère l'a abandonné et s'est installée en Afrique du Sud, pour fuir son père violent, quand il était enfant. 

Au début de l'histoire, il revient d'Afrique du Sud où il est allé cherché sa mère pour régler la succession conflictuelle de son père, qui s'était remarié à une femme métisse connue pour sa violence également. C'est donc Ian qui est accusé d'avoir brûlée vive  sa belle-mère au tout début de l'histoire. Assez vite, on comprend que l'enquête a été bâclée et qu'il s'agissait surtout d'en profiter pour arrêter et humilier un homme blanc.

Le roman a pour toile de fond les crises qui traversent le Zimbabwe après son indépendance : interraciale, économique et politique. Robert Mugabe et son parti,  Zimbabwe African National Union – Patriotic Front (ZANU–PF), accaparent progressivement tous les pouvoirs pour diriger le pays d'une main de fer.

La Rhodésie du Sud n'a pas connu un régime d'Apartheid aussi strict que l'Afrique du Sud mais les relations entre blancs et noirs sont très conflictuelles, la relation de Ian et Lindiwe est donc mise à rude épreuve. Eux-mêmes ne sont pas dénués de préjugés et c'est ce que j'ai trouvé intéressant. Lindiwe a fait de hautes études, elle est très cultivée, bien intégrée parmi les expatriés occidentaux qui travaillent dans l'humanitaire. Ian, au contraire, fait parti des blancs africains mal considérés par les expatriés qui jugent sévèrement le "racisme" des blancs locaux, et il n'a pas fini ses études secondaires.

Leur couple est assez complémentaire en termes de tempérament car Ian est sauvé par un état d'esprit assez désinvolte alors que Lindiwe prend tout plus à coeur.

J'ai beaucoup apprécié ce roman qui m'a fait découvrir le Zimbabwe sous un autre angle même s'il y a l'aspect racisme/conflits/pauvreté, ce sont surtout les relations humaines au sein du couple et de la famille qui sont au coeur du livre.

Le roman est disponible en anglais et a déjà été traduit dans 6 autres langues. Je trouve dommage qu'il n'ait jamais été traduit en français, surtout que l'auteur Irene Sabitini vit en partie à Genève.